Khaykham Saliphod, aujourd'hui instructrice chef de l'école, a fui le Laos à l'âge de 5 ans, en 1977, avec sa mère et sa petite sœur, pour rejoindre son père en Thaïlande. Après trois jours de marche, la traversée du Mékong et près de deux ans en camp de réfugiés, la famille a été accueillie au Canada en 1979.
Pourquoi la famille Saliphod a-t-elle quitté le Laos?
La mousson de 1977 fut particulièrement abondante. À cette saison, plusieurs Laotiens choisirent l'exil pour échapper à la répression communiste qui sévissait depuis trois ans. Le père, Leune Saliphod, avait servi dans l'armée royaliste contre les communistes et s'était déjà réfugié en Thaïlande. Sa femme, Somchay, décida donc de partir avec ses deux filles : Khaykham, 5 ans, et Chansamone, 6 mois. Vers 4 h du matin, elle les réveilla, après avoir troqué sa montre contre des gougounes auprès d'un soldat.
Comment s'est déroulée la marche à travers les montagnes?
Trois jours de marche attendaient le groupe, composé de plusieurs familles. Somchay se souvient avec émotion du courage de sa fille aînée : c'est la petite Khaykham qui ouvrait la marche. Elle portait le sac contenant tout ce que la famille possédait, pendant que sa mère portait le bébé. Elle avait déjà vu les ravages d'une mine antipersonnel, mais rien ne l'arrêtait : elle voulait retrouver son père.
Un soir, sous une pluie battante, le groupe dormit au sol, abrité par un toit de feuillage improvisé. Une bagarre éclata en pleine nuit : Khaykham accusait un autre enfant de l'avoir poussée hors de l'abri, trop encombré. Même à cet âge, elle se battait pour sa survie.
Comment ont-ils traversé le Mékong?
Gonflé par les pluies, le Mékong était devenu un torrent. Somchay, qui ne savait pas nager, avançait terrifiée avec de l'eau jusqu'au cou, tandis que les enfants étaient placés sur des radeaux de fortune. Il fallait rester discrets : des tireurs embusqués avaient l'ordre d'empêcher toute traversée de cette frontière naturelle.
De l'autre côté, la famille s'est cachée quelques jours chez des amis de Leune, qui se trouvait dans un village à une centaine de kilomètres. Quand on lui annonça l'arrivée de sa femme et de ses filles, il eut peine à y croire, jusqu'à ce qu'on lui décrive une petite au teint clair et une autre qui parlait sans arrêt.
Que s'est-il passé dans le camp de réfugiés?
Les épreuves ne s'arrêtaient pas là. Mère et filles ont gagné le camp en se cachant dans un autobus. Khaykham contracta la malaria et tomba dans le coma pendant deux jours; on craignit de la perdre. La famille est restée près de deux ans dans le camp, à lutter pour survivre. Somchay se rappelle les nombreuses bagarres où Khaykham protégeait sa petite sœur et se battait pour la nourriture, le lait et sa place.
Les Saliphod sont arrivés au Canada en 1979, en plein hiver, et ont dû s'adapter à une nouvelle vie. Cet esprit combatif ne les a jamais quittés, chacun à sa façon. Découvre aussi un autre récit de persévérance : l'histoire de survie de Shany Bonin Tawil, ou rencontre nos instructeurs.
En bref
- 1977 : la famille Saliphod fuit le Laos pendant la mousson.
- Trois jours de marche, la traversée du Mékong et la malaria ont éprouvé la petite Khaykham.
- Près de deux ans en camp de réfugiés, puis l'arrivée au Canada en 1979.
- Cet esprit combatif a marqué toute la famille, jusqu'à aujourd'hui.
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