Shany Bonin Tawil, élève de l'école, a survécu à un naufrage en kayak au milieu du Saint-Laurent en nageant une trentaine de minutes, puis en s'accrochant à une bouée pendant plus d'une heure. Il attribue sa résistance physique et mentale à l'entraînement de kung fu.
Que s'est-il passé sur le fleuve?
Quelques semaines avant d'écrire son récit, Shany était parti en kayak sur le Saint-Laurent, pendant la crue des eaux, vers les îles de Boucherville, pour observer les canards et les castors dans les terres inondées. Le vent, déjà présent au départ, a gagné en force pendant le trajet. À l'abri des arbres, il a avancé sans trop de difficulté et croisé un pylône qu'il aurait aimé escalader pour prendre une photo, avant d'y renoncer, jugeant la chose dangereuse par ce vent.
Il s'est alors dirigé vers une partie non inondée pour se dégourdir les jambes. La traversée fut plus pénible : sans la protection des arbres, les vagues freinaient chacun de ses coups de pagaie. Une fois à terre, vers 15 h, il a vu le ciel s'assombrir. Il a vidé son kayak, rempli d'eau, et il a hésité. Une petite voix lui disait de rester, mais son orgueil l'a poussé à repartir en se rappelant avoir déjà fait ce trajet dans des conditions semblables.
Comment le naufrage est-il arrivé?
Dès qu'il est sorti du couvert des arbres, une vague l'a frappé de plein fouet. Il a continué sans vider son embarcation, malgré une seconde mise en garde intérieure. Au milieu du fleuve, secoué comme une feuille morte, il maintenait son cap à contre-courant pour éviter d'être emporté. Son kayak s'est rempli peu à peu, puis a coulé d'un coup. La musique qu'il écoutait s'est arrêtée. Après quelques essais ratés pour redresser l'embarcation, il a dû l'abandonner au courant.
Qu'est-ce qui l'a aidé à tenir dans l'eau?
Après un bref moment de panique, il a repris ses esprits, s'est mis à nager sur le dos, la position où il se sentait le plus à l'aise, et a crié à l'aide, sans trop d'espoir d'être entendu. Une trentaine de minutes plus tard, le froid gagnait le bas de son corps et l'eau lui entrait dans la bouche. Il a pensé qu'il ne s'en sortirait peut-être pas. Cette pensée a fait défiler ce qu'il ne pourrait plus faire, dont son cours de kung fu du jeudi. Il a revu ses instructeurs, qui lui avaient montré qu'on peut toujours donner plus quand on croit avoir tout donné. Cela l'a relancé.
Il a alors repéré une bouée verte, s'est mis à respirer lentement, comme on l'apprend en cours, pour calmer son esprit, puis a nagé jusqu'à elle. Épuisé, il a agrippé un petit trou et s'est hissé sur le dessus grâce à une barre de métal.
Que s'est-il passé sur la bouée?
Il y est resté environ une heure et demie. Plusieurs bateaux sont passés sans le voir, malgré ses cris et ses signes des bras. La panique est revenue, au point qu'il a pensé se jeter à l'eau pour regagner la rive à la nage. Il a plutôt respiré comme en méditation et s'est vite rendu compte que l'idée était insensée.
Pendant cette attente, il a mesuré ce que le kung fu lui avait apporté. Il a remercié mentalement les trente secondes de planche supplémentaires que lui avait fait tenir Khay, ainsi que les conditionnements exigeants imposés par Phil, Yannick et les autres instructeurs. Les pompes lui avaient donné la force de grimper sur la bouée. Le cavalier, la course et les fentes, qui le font souffrir à chaque séance, lui avaient permis de nager sans arrêt si longtemps.
Des gyrophares de police, un camion de pompiers et une ambulance sont apparus sur la rive de Montréal : des gens, entendant ses cris, avaient appelé les secours. Aucun bateau ne venait pourtant le chercher. Puis un cargo est passé; quelqu'un dans la cabine du capitaine a répondu à ses signaux, et peu après, un bateau de la garde côtière est venu le récupérer. À bord, l'adrénaline est tombée d'un coup et la douleur a envahi ses muscles.
Quelles leçons Shany en a-t-il tirées?
- Écouter la petite voix. À deux reprises, son intuition lui conseillait de rester. L'ego l'a emporté.
- Rester calme. La respiration apprise en cours l'a aidé à reprendre le contrôle.
- Compter sur les autres. Il a constaté que l'être humain ne peut vivre sans les autres et que la société permet de s'entraider dans les moments difficiles.
- Le kung fu, c'est plus que se battre. Il ne s'agit pas seulement de défense ou de forme physique, mais de se bâtir un esprit de guerrier, où lâcher n'est pas une option.
Le jeudi suivant, Shany est retourné au cours, et il n'a jamais autant apprécié une séance. Pour un autre récit de courage, lis Survivre à l'exil, ou découvre nos cours.
En bref
- Un naufrage en kayak sur le Saint-Laurent : environ 30 minutes à la nage, puis 1 h 30 sur une bouée.
- Le conditionnement et la respiration appris en cours ont fait la différence.
- Deux signaux intérieurs ignorés : écoute ton intuition et ne sous-estime pas la nature.
- Le kung fu développe une force mentale qui dépasse la technique.
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